Le Cours Des Choses

#lemondequivient L’époque est mutante. Il faut changer le concept même de média, inventer du neuf. lecoursdeschoses.net, site d’informations en général (et pas seulement), sera irrigué d’histoires à ne pas dormir debout. Et quitte à s’indigner lorsque nécessaire, avant tout : raconter le monde qui va bien.

Un média différent à l’orée des mondes qui viennent.

Dans la série Come With Me (2011), la photographe Ellie Davies trace des chemins dans la forêt anglaise à l’aide de différents matériaux.

Raconter le monde qui va bien. Dédié aux humanités du 21ème siècle, où qu’elles soient, d’où qu’elles viennent et où qu’elles aillent, lecoursdeschoses.net sera un site d’informations précieuses, chroniques des mondes à venir, relais d’expériences, nouvelles pour se cultiver, feuilletons au jour le jour, entretiens et joutes verbales, rubriques décalées, documentaires à l’oreille, chaîne d’images, etc. Créer un nouveau média transversatile, n’est-ce pas un peu fou ?

Le Cours des choses, une holding coopérative

Un site internet d’informations en général

« Informer, transformer. »

A rebours de tous les désastres ambiants (économique, social, politique, environnemental, culturel, etc.), raconter le monde qui va bien. Initiatives, actions coopératives et solidaires, etc. 

  • Version 001 : 26 février 2019 au 6 mai 2019. Deux co-rédacteurs en chef (H /F), une équipe de pigistes-auteurs, un webmaster / community manager, une responsable du pôle ressources.
  • Version définitive : 6 mai 2019. Versions anglaise et hispanique : octobre 2019.

Un mouvement en mouvement : Citoyens d’abord.

« En sortir, oui, mais par le haut. Et cela passe par la France d’en-bas »

  • Un tour d’en France pour faire « atelier Refaire le monde », du 1er mars au 10 avril 2019. 
  • Premiers « Etats généreux de la citoyenneté », à Paris, du 12 au 14 avril 2019. Instauration d’un Parlement des gens et des territoires.

Un pôle éditorial : les éditions à la volée.

« Une exigence : faire bonnes impressions. »

  • Poésie, littérature, essais, livres d’artistes, dictionnaires. Lancement juin 2019.

Une académie expérimentale des savoirs partagés.

« Savoir. Savoir faire. Faire. Faire savoir. »

  • Plateforme de formations adossée à un réseau de cafés cultivés. Lancement septembre 2019.

Festival d’humanités.

 « Là où nous allumons un feu est notre demeure ».

  • Un événement culturel, littéraire, écologique et citoyen, nomade, chaque fois recomposé en co-construction avec les ressources territoriales. Edition 001 à Fère-en-Tardenois (02), lors de l’été 2019 ; éditions suivantes à partir d’octobre.
Fischli Weiss, objet issu de Der Lauf der Dinge (Le Cours des choses), 1979 © Fischli Weiss 

Il y a des effondrements. Et puis quelque chose se lève. Depuis cet effondrement même ? Voici venir Le Cours des choses, un média ” transversatile” initialement conçu et imaginé par Jean-Marc Adolphe, fondateur de la revue Mouvement, journaliste et « agitateur d’idées ».

Entretien avec Dominique Vernis:

Un nouveau « média transversatile ». N’est-ce pas un peu fou ?

Jean-Marc Adolphe – Si. Et alors ?


Les médias ne sont-ils pas condamnés ?

-Certains médias se condamnent eux-mêmes. Ils ne sont plus que la pâle copie de ce qu’ils furent. Il y a bien sûr quelques exceptions : en général, on appelle ça des niches. Mais bon… On a changé d’époque. Et tout n’est pas perdu. On entend dire que les journaux perdent des lecteurs, du fait de la concurrence des médias gratuits, d’internet. C’est en partie exact, mais en partie seulement : ainsi la presse régionale, celle des territoires, ne se porte pas si mal. 

Et de nouveaux journaux, revues, sites internet apparaissent. Mais il faut changer le concept même de « média », inventer du neuf. Réapprendre à tisser des histoires, sans épouser les leurres du « storytelling ». 

L’une des sources d’inspiration du Cours des choses est le Manifeste d’art potentiel de l’écrivain et philosophe Camille de Toledo : « Les potentialités ouvrent à des histoires inachevées. Elles reposent sur des complicités à venir de croyances. Elles surgissent avant, dans le moment de formation, de gestation des fictions, lorsque les hypothèses sont encore des multiples, lorsque tout est encore à écrire. Elles peuvent aussi venir après, lorsque la fiction s’achève, qu’il faut la relancer par de nouvelles hypothèses. Nous pouvons nous placer du point de vue des fictions closes ou, au contraire, nous tenir du côté des potentialités. »


Un média « transversatile », qu’est-ce à dire ?

-Le monde nous dit, mais nous disons aussi le monde, et lorsque des mots manquent à l’appel, il faut les inventer. Transversatile, pourquoi ? Ce média sera transversal, à plusieurs titres. Il ne s’interdira a priori aucun sujet : « il faut se marier à l’infini », disait Manoel de Oliveira. Et il sera transgenre : pas seulement bi (web et papier), mais poly (web, papier, ondes, théâtres, centres d’art, espaces publics, etc.). Il sera aussi versatile, ne s’obligeant à aucune périodicité métronomique. 


Comment savez-vous que tout cela est possible ?

-Question d’intuition. Et d’expérience, aussi, un peu.


Vous avez trouvé un mécène ?

-Oui. Le désir. L’économie du désir n’est pas quantifiable. Pour le reste, quoi qu’il puisse en paraître, ce n’est pas un projet onéreux. Pas du tout. Donc pas besoin de rencontrer Drahi Lagardère Pinault Arnault et toute la clique. Il faut certes un peu d’argent pour lever l’ancre, mais rien que de très modeste.

Savez-vous où vous allez avec ce projet ?

-Si nous savions d’avance où nous allons, ce n’aurait quasiment aucun intérêt. Ou alors nous prendrions un autre chemin, davantage balisé. Et « tout chemin est une déviation », comme le dit le poète Roberto Juarroz.

Qui porte précisément ce projet ?

-Le Cours des choses est destiné à fédérer, associer, relier.  Aujourd’hui, personne ne porte ce projet ; l’immonde contemporain est farci de « porteurs de projets » qui répondent à des « appels d’offres » qui n’ont pour seule finalité que de faire tourner la roue d’un système clos qui nous prend pour des cobayes-hamsters. Alors, on tourne, mais de hamsters, on finit par tourner bourrique !

Le Cours des choses n’est pas un projet start-upisé, c’est une ambition commune, celle de refaire le monde, à hauteur d’humanités partagées.

Depuis l’annonce de la création du Cours des choses, un peuple a commencé à se former. Nous serons bientôt en mesure de faire savoir comment ce projet va s’autogérer, qui fera partie du collège de directions et du conseil d’admirations, quels en seront les premiers colportants, ambassadeurs, etc.

Pouvez-nous dire en quoi Le Cours des Choses sera différent des autres “médias” ?

-Nous sommes porteurs d’un inconnu et d’un connu, d’un peu de savoir patiemment glané au fil de l’expérience, et chaque fois rejoué dans l’incertain de la création, de l’échange, de la propagation. Nous produisons du sens, nous accueillons ce qui vient. Il s’agit de faire contre-espace aux asphyxies ambiantes, y compris « médiatiques ».

Cette façon d’être au monde guide la naissance du Cours des Choses. Ce ne sera pas un journal comme les autres, parce que ce ne sera pas tout à fait un journal. Cela viendra peut-être un jour, on ne sait jamais tout à fait de quoi sera fait l’avenir. Pour l’heure, Le Cours des Choses se déploiera transversalement, sur Internet, sur papier imprimé (« éditions à la volée » : livres, fascicules, feuilles murales, etc.), dans l’espace de la rencontre lors des éditions nomades du Festival des humanités, à travers des axes de transmission que mettra en œuvre une « académie expérimentale des savoirs partagés », et aussi dans la constitution coopérative de ce que nous appelons des « états généreux de la citoyenneté ».

Vous dites que, dans ses différentes dimensions, Le Cours des Choses ne s’interdira a priori aucun sujet. Vous allez aussi parler politique ?

-« Parler politique », quelle drôle d’expression ! Si vous entendez par là un quelconque penchant pour la langue de bois, ou pour la langue grise dans laquelle sont forgés pas mal de discours contemporains, non, ce n’est pas trop notre tasse de thé. D’ailleurs, on sera plus rhum-gingembre ou vin chaud-cannelle l’hiver, que cup of tea. Mais trêve de plaisanterie, s’il vous importe de savoir jusqu’à quel point le politique sera au désordre du jour du Cours des choses, alors la réponse est oui.

Comme l’indique l’historienne Claudia Moatti (Res publica, Histoire romaine de la chose publique éditions Fayard , 2018), « les Romains ne savaient pas qu’il vivait dans une « république ». Ils n’y voyaient pas d’abord un régime distinct et spécifique. Ils parlaient seulement de res publica –« chose publique ». (…) Revenant aux sources, c’est-à-dire aux discours et aux usages politiques de la Rome antique, Claudia Moatti scrute le terme le plus important, celui qu’on oublie le plus souvent : res, la « chose ». Par elle-même, elle n’est rien. Elle est vide, sans nature propre, sans essence. Le flou et l’indétermination la caractérisent. Cette « chose » désigne seulement l’espace du politique, ce qui se joue « entre » les groupes sociaux et leurs oppositions. Il existe en effet une tension, voire un conflit originaire et continuel, qui fait de la « chose publique » un processus, une création permanente liée aux événements et aux luttes. » (Roger-Pol Droit, « Intelligent voyage dans la “chose publique“ », Le Monde, 10-11 mai 2018)

Quinzième anniversaire de la naissance des Mères de la place de Mai, 30 avril 1992. Photo Gerardo Dell’Oro.

Êtes-vous Gilets jaunes ?

-En être ou ne pas en être ? Telle serait donc la question. Il serait débile de ne pas en être. Au moins depuis les rondes rondes hebdomadaires des mères de la Place de mai, qui ont commencé à Buenos Aires le 30 avril 1977, pendant plus de 40 ans, jusqu’aux Gilets jaunes mais aussi au mouvement de la jeunesse contre l’inaction climatique, en passant par les Indignados, Occupy Wall Street, les printemps arabes, etc., la planète a été secouée ces dernières années, en de multiples endroits, par des éclosions citoyennes qui demandent voix au chapitre. A chaque fois, il s’agit de se rassembler pour s’extraire collectivement du désastre, et exiger de nouveaux droits, en premier lieu le droit d’être.

Concernant les Gilets jaunes, « en être » ne signifie pas en être aveuglément. Il faut bien évidemment rester vigilant quant aux tentatives d’infiltration ou d’instrumentalisation d’un mouvement non hiérarchisé, qui n’obéit pas au type de structure pyramidale des partis ou des syndicats. Mais s’il y a ici ou là quelques « dérapages » plus ou moins contrôlables, ce n’est rien au regard des violences policières qui s’exercent sur ce mouvement qui, elles, devraient rester sous contrôle.

Vous comptez aussi parler éducation, santé, écologie, sports, économie, ésotérisme et érotisme, gastronomie et abstinences, gouffres financiers et éruptions volcaniques, explorations spatiales et  mises en orbite, permaculture et micro-pousses, littérature et parkour, marabouts et bouts de ficelle ? 

-En effet, Le Cours des Choses parlera de tout et du reste. Comme le disait Vladimir Jankélévitch (Le je-ne-sais-quoi et-le presque rien), « la manière de donner vaut mieux que les dons ; la manière de dire, diction ou lection, vaut mieux que les mots : mais la manière de ces manières vaut mieux que tout, et elle dépasse la donation, la diction et l’opération autant que celles-ci dépassent le don, la chose dite ou l’œuvre. Et tout de même : la façon de faire est infiniment plus que la chose faite. »

Et comment comptez-vous mettre en relation tous ces éléments ?

-Par l’opération de l’Esprit Saint ! C’est une boutade, bien sûr… Mais un esprit sain doit pouvoir tourner à 100 milliards de neurones à l’heure. « Les neurones assurent la transmission d’un signal bioélectrique appelé influx nerveux. Ils ont deux propriétés physiologiques : l’excitabilité, c’est-à-dire la capacité de répondre aux stimulations et de convertir celles-ci en impulsions nerveuses, et la conductivité, c’est-à-dire la capacité de transmettre les impulsions ». Comme ne l’a pas dit André Malraux, « Le 21ème siècle sera neuronal ou ne sera pas. » 2019, ce n’est pas trop tard pour naître, mais on a déjà pris dix-neuf années de retard à l’allumage ; il va falloir mettre les bouchées doubles.

Site internet, édition de livres, festival d’humanités, académie expérimentale des savoirs partagés, états généreux de la citoyenneté… Ce projet n’est-il pas légèrement démesuré ?

-Pourquoi pas ? Démesurons-nous… Comme le disait encore Jankélévitch, « l’homme est infiniment grand par rapport à l’infiniment petit et infiniment petit par rapport à l’infiniment grand ; ce qui le réduit presque à zéro. » Comme on part de zéro, on a le droit de rêver à l’infini.

Propos recueillis par Dominique Vernis en mai 2018 et février 2019.

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