Le Cours Des Choses

#lemondequivient L’époque est mutante. Il faut changer le concept même de média, inventer du neuf. lecoursdeschoses.net, site d’informations en général (et pas seulement), sera irrigué d’histoires à ne pas dormir debout. Et quitte à s’indigner lorsque nécessaire, avant tout : raconter le monde qui va bien.

Zia doit rester parmi nous.

Zia a 18 ans. Il est afghan. « Déficient intellectuel ».  Retenu au centre de rétention d’Oissel, en Normandie, il risque d’être expulsé du jour au lendemain. Au risque de sa vie.

Dans sa tête, il n’a que six ans, c’est, tout du moins, ce qu’affirment les rapports d’expertise rédigés en norvégien. Zia, un Afghan tout juste majeur, est retenu, depuis mi-février, au centre de rétention d’Oissel. Ses soutiens français lancent un appel à l’aide pour éviter son renvoi vers la Norvège, pays où il a fait une demande d’asile, qui lui a été refusée, et qui risque de le réexpédier en Afghanistan. Outre sa déficience intellectuelle (qui pourrait être liée à un symptôme post-traumatique), Zia appartient à une minorité, les Hazaras, persécutée par les talibans.

Son histoire ressemble à celle de beaucoup d’autres jeunes migrants qui arrivent sur l’agglomération. Il fuit son pays à l’âge de 15 ans, avec quelques autres adolescents. Arrivé en Norvège, il est pris en charge en tant que mineur. Là, l’adolescent est diagnostiqué déficient intellectuel et bénéficie d’un suivi psychiatrique. À sa majorité, craignant une expulsion, le migrant fuit vers la France en octobre dernier, à Paris. Il est ensuite transféré dans un centre d’accueil et d’orientation à Bourges. Il est transféré le 27 février au Pradha (centre d’hébergement). C’est à ce moment-là qu’il rencontre Catherine Berthon, une bénévole qui tente de l’aider, avec un petit groupe de personnes solidaires. « Nous avons lancé un recours gracieux à son expulsion et obtenu, de la Norvège, le transfert de son dossier médical. Compte tenu de sa vulnérabilité, le Défenseur des droits [une institution indépendante de l’État, NDLR] a été saisi le 31 janvier dernier. Malheureusement, le 12 février, Zia a été transféré au centre de rétention administrative d’Oissel, où un premier vol pour la Norvège lui est proposé. Il l’a refusé. »

Il ne pourra refuser le second vol, et risque d’être renvoyé en Afghanistan d’un jour à l’autre.

Seuls le Défenseur des droits et la préfecture du Cher peuvent encore sauver le jeune homme, avec, comme argument principal, une expertise psychiatrique attestant de sa vulnérabilité. Contactée, la préfecture de Seine-Maritime confirme ne pas avoir connaissance de ses difficultés, mais que Zia « ne pose pas de problème au sein du centre d’Oissel ». « En France, personne n’était au courant de sa déficience. Nous sommes vraiment désespérés car il n’est pas capable de se débrouiller seul », se désole Catherine Berthon. Alors, qui pourra encore soustraire Zia au sort funeste que lui réserve la France, en toute inhumanité ?

DERNIERE MINUTE – 27 février, 22 h 56. La Cour européenne des droits de l’homme a rejeté le recours présenté par Zia. Expulsion imminente.

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Zoé Vernis

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