Le Cours Des Choses

#lemondequivient L’époque est mutante. Il faut changer le concept même de média, inventer du neuf. lecoursdeschoses.net, site d’informations en général (et pas seulement), sera irrigué d’histoires à ne pas dormir debout. Et quitte à s’indigner lorsque nécessaire, avant tout : raconter le monde qui va bien.

Poutine, Total et la peau de l’ours

A gauche : ours polaire en quête de nourriture, à 700 kilomètres de son habitat naturel. A droite, terminal de transbordement de Mourmansk, dont Total va devenir actionnaire.

Une faim d’ours, ça fait voyager : plusieurs centaines de kilomètres. L’histoire fait plutôt marrer le président russe et le patron de Total. Le réchauffement climatique ? Eux s’en frottent les mains : c’est une sacrée aubaine pour le business gazier.

A Tilichiki, à l’est de la Russie, on a vu un ours polaire en quête de nourriture, à 700 kilomètres de son habitat naturel de la Tchoukotka. Ce n’est ni le premier, ni le dernier. En décembre dernier, Paul Nicklen, photographe pour le magazine américain National Geographic, avait diffusé une vidéo montrant un ours polaire décharné, luttant pour trouver de la nourriture, sur l’île de Baffin au Canada.

Pendant ce temps, dans la taïga congelée de la Sibérie orientale, où les ours errent au printemps après leur réveil en hibernation, la société pétrolière russe Irkutsk (INK) a multiplié par 30 ses niveaux de production de brut au cours de la dernière décennie et a négocié l’accès à un réseau de pipelines lui permettant de se rendre sur le marché asiatique. Irkutsk planifie des investissements de 3 à 4 milliards de dollars au cours des trois prochaines années, notamment pour développer son activité gazière en construisant quatre usines de traitement. Parmi les actionnaires d’INK figurent Goldman Sachs et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).

Patrick Pouyanné, PDG de Total, et Vladimir Poutine, au Kremlin, le 18 avril 2019.

Par ailleurs, après avoir rencontré le 18 avril dernier Vladimir Poutine au Kremlin, le P-D.G. de Total, Patrick Pouyanné, a annoncé que Total allait devenir actionnaire des deux terminaux de transbordement de gaz naturel liquéfié (GNL) prévus par la société gazière russe Novatek au Kamtchatka (Extrême-Orient) et à Mourmansk (Nord-Ouest). Une participation qui devrait s’élever à quelque 280 millions d’euros.

Total détient d’ores et déjà 20% du gigantesque complexe gazier Yamal (estimé à 23 millions de dollars), inauguré en décembre dernier dans le grand nord sibérien, au bord de l’océan Arctique. Bâtie sur pilotis dans le pergélisol (le sol gelé en permanence), l’usine doit produire à terme 16,5 millions de tonnes de GNL (gaz liquéfié) par an. La « profitabilité »de Yamal est subordonnée à la capacité pour les navires méthaniers brise-glace d’emprunter la route de l’est, celle qui longe les côtes sibériennes dans l’océan Arctique pour se faufiler dans le détroit de Béring et desservir les marchés asiatiques. Cette route maritime vers l’Asie fait gagner quinze jours par rapport au trajet via l’ouest et le canal de Suez.

Autant dire que, pour la Russie de Poutine et le patron de Total, le réchauffement climatique est une sacrée aubaine. L’ours polaire ? Il n’a qu’à aller chercher pitance ailleurs.

(Rappelons, pour la forme, que pour stabiliser le climat, les spécialistes s’accordent à penser qu’il faut laisser sous terre environ 80% des réserves connues. Et ne pas aller en chercher de nouvelles.)


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