Le Cours Des Choses

#lemondequivient L’époque est mutante. Il faut changer le concept même de média, inventer du neuf. lecoursdeschoses.net, site d’informations en général (et pas seulement), sera irrigué d’histoires à ne pas dormir debout. Et quitte à s’indigner lorsque nécessaire, avant tout : raconter le monde qui va bien.

La république avariée

Emmanuel Macron, la start-up, la nation

Inspirée par Liberté guidant le peuple, d’Eugène Delacroix, monumentale fresque street-art réalisée par Pascal Boyart, alias PBOY, dans le 19ème arrondissement de Paris.

Un gimmick. Lors de sa dernière conférence de presse, encore fumante de Notre-Dame, Emmanuel Macron a lancé à plusieurs reprises l’injonction de bâtir. (Lire le premier édito du Cours des choses). Mais il n’aura été fichu, à l’issue d’un grand débat qui aura traîné en longueur et alourdi de 12 millions d’euros la dépense élyséenne, que de saupoudrer son audience de poudre de perlimpinpin avec des formules creuses (« l’art d’être français »), et de faire écran de fumée avec l’annonce de semi-mesures fort éloignées de l’exaspération dont le pays se fait l’écho depuis 6 mois. Encore le Premier ministre vient-il d’annoncer que rien ne serait concrètement décidé avant les prochaines élections européennes. De tergiversations en répressions accrues, le « nouveau monde » qu’entendait bâtir le fringant Jupiter vacille déjà sur ses bases. Avant de s’effondrer comme château de cartes ? 

En fait de Jupiter, c’est de Machiavel (dont Emmanuel Macron fit thèse d’étudiant) qu’il conviendrait de parler. Pas de cynisme, non ; c’est encore pire : une totale dissociation de la morale du pouvoir. Plus machiavélique que Machiavel, Emmanuel Macron n’est pas immoral, il est amoral. Sans scrupule ni vergogne.

Faire récit de cela. A travers ce qui est déjà su, et ne l’est pas encore. Faire feuilleton, ici-même, de cette « république avariée ». Aujourd’hui, cela commence au crépuscule, à partir de la lecture du récent ouvrage de Juan Branco, qu’ont précédé d’autres publications pareillement éclairantes.

Dans les jours qui suivront, nous examinerons l’incessante imposture d’Emmanuel Macron, dont discours et attitudes trahissent la persistante ; puis nous entreprendrons de narrer l’histoire d’une start-up, dont l’objet asocial fut précisément de prendre le pouvoir. Avec La fin justifie tous les moyens, genèse d’un système de corruption au cœur du pouvoir, où la sacro-sainte finance prit une part décisive, nous explorerons les nombreuses failles d’un régime en apparence bien huilé ; et nous ferons pièce du mythe de la « société civile », entre sens du casting et petits arrangements entre amis. La police semblant être l’ultime recours d’un régime sans foi ni loi, nous examinerons l’itinéraire de Christophe Castaner, de la voyoucratie au maintien du désordre. Quelque part entre Borgia et algorithmes, nous tenterons de mettre à nu la supercherie du « nouveau monde ». Chaque fois, nous épinglerons les multiples affaissements démocratiques qui ont ouvert la voie à ce délitement du politique, afin que l’échec de la Macronie ne débouche in fine sur une régression autoritaire bien plus redoutable encore. Avec Gilets (jaunes) de sauvetage et réveil citoyen, nous faisons en effet le pari qu’un autre 21ème siècle est possible, qui saurait projeter (et le met déjà en œuvre, à travers moult initiatives) un « monde qui va bien ».

L’heure du crépuscule

Emmanuel Macron, avec Machiavel en ombre chinoise, illustration Jeanne Detallante pour l’Obs.  (Illustratrice hors-pair, Jeanne Detallante a collaboré avec Vogue, The New Yorker, The New York Times, Vanity Fair, XXI , Actes Sud, ou encore les marques Sisheido, Carven et plus récemment avec Prada et Miu Miu. Voir son site internet)

Il faut s’armer. 

S’armer de courage, notamment, pour écrire noir sur blanc ce que nous avons déjà pu dire lors d’une déclaration publique en date du 3 février 2019 : Emmanuel Macron est une pute de la pire espèce.

(Expression à l’emporte-pièce, qui n’entame pas le respect dû à des travailleuses et travailleurs du sexe qui, après tout, peuvent exercer un métier ni plus ni moins dégradant que beaucoup d’autres. Le proxénétisme c’est autre chose, nous y reviendrons.)

Au fond nous avons tous appris à plus ou moins nous prostituer plutôt qu’à cultiver notre intégrité : faut-il rappeler ici cette servitude volontaire dont nous a entretenu dès le 16e siècle Étienne de la Boétie ?

Intégrité et compromissions

Pour autant, comme aurait pu dire Einstein, tout est relatif. La totale intégrité est-elle possible ? Nous savons, en matière d’identité -qu’elle soit religieuse, « ethniques », politique, etc.-, les dangers de l’intégrisme. Rester intègre, dans un écosystème global où nous sommes nécessairement interdépendants, n’exclut pas de devoir peser et accepter un certain nombre de compromis. Être ou ne pas être : en d’autres termes, jusqu’où accepter de se compromettre ?, telle est la question. D’autant que « se compromettre », voilà qui peut être doublement entendu. Avoir le sens du compromis sera souvent loué comme vertu, capacité à ne pas s’emporter et accepter qu’un litige se résolve en accord, souvent grâce à l’arbitrage d’un tiers. Le compromis est cet « arrangement dans lequel on se fait des concessions mutuelles » (Petit Robert). La première définition, juridique, du verbe compromettre, en découle : « s’en remettre à l’arbitrage d’un ou plusieurs juges. » Celle-ci est pourtant tombée en désuétude, au profit d’une acception moins honorable : compromettre quelqu’un, c’est le mettre dans une situation critique, l’exposer à de probable désagréments. Ce « quelqu’un » n’est parfois autre que soi-même (« Tu compromets ta carrière pour un scrupule honorable mais déplacé. » Chardonne).

Dans la langue de Cervantès et Quevedo, l’usage courant du verbe comprometerse a un tout autre sens, celui d’un engagement (s’engager). En politique, comme dans toutes affaires de la vie courante, « s’engager » suppose de faire incessamment la part entre l’intégrité des convictions qui viennent fonder un engagement, et les nécessaires compromis auxquels peut obliger l’exercice quotidien de ces mêmes convictions. « Il faut bien composer », « mettre de l’eau dans son vin », dira-t-on, et il n’y a là rien d’a priori condamnable. Mais du simple compromis on peut vite glisser vers la compromission et accepter -moyennant prébendes et faveurs- que l’engagement initial se décompose et fasse corps, in fine, avec les forces ennemies contre lesquelles il entendait porter litige.

Une « compromission » est cet acte par lequel on transige avec sa conscience. Là encore, tout est question de degré et de dosage. Sans doute peut-on accepter de renoncer (provisoirement, par ruse ou nécessité) à telle ou telle part de soi pour gagner en contrepartie telle ou telle autre part, pour soi ou pour d’autres que soi. À la condition toutefois de ne pas perdre en chemin l’horizon de ses convictions et de garder en main le bâton de pèlerin de sa dignité. Dès lors que des intérêts sont en jeu -parfois sonnants et trébuchants-, tend à promptement s’effacer la frontière entre compromission et corruption. Et s’il est toujours possible de se défaire (parfois non sans mal) d’une compromission, cela devient quasiment impossible avec la corruption, laquelle suppose qu’ait été passé un pacte plus ou moins explicite qui engage outre mesure.

 « Baisser son froc », dit le langage vulgaire. Et de bas en haut, il arrive qu’à force de baisser son froc, l’on se retrouve compromis jusqu’au cou. La fange est envahissante, il est facile de s’y laisser engluer.

Une histoire de fric, de froc, et de fric-frac.

Vivre est un combat permanent. Sur le ring de nos existences, nous sommes amenés à prendre des coups, mais aussi à savoir en donner. 

Il ne faut pas baisser sa garde. Le vulgum pecus, plus cru, préfère dire « baisser son froc ». Cette expression peu châtiée vient désigner quelque indigne lâcheté : il n’y a pas là seulement renoncement au combat mais, dans la mise à nu de la part de soi la plus intime, consentement à l’outrage. La connotation sexuelle de telle expression n’est certes pas innocente. Baisser son froc, c’est à tout le moins accepter de prostituer sa conscience, de l’offrir cul nu à toutes sortes de pénétrations dégradantes (1).

Dans le cas qui nous occupe (Emmanuel Macron), il conviendrait de dire, au-delà de la seule personne de l’actuel président de la République, que l’usage politique, dans son indistincte globalité, semble avoir incorporé une dimension prostitutionnelle. La fonction publique est-elle à ce point dégradée qu’elle serait désormais démunie et n’aurait d’autre issue que de vendre son âme aux plus offrants ? C’est donc là une histoire de fric, de froc et de fric-frac.

Aux yeux de beaucoup, le sacerdoce du politique est aujourd’hui devenu pitoyable pantalonnade. (On remarquera au passage que le froc désignait à l’origine cette part de l’habit des moines qui couvrait la tête, les épaules et la poitrine. Par extension, le froc est ensuite venu qualifier l’entièreté de l’habit monacal, emballage vestimentaire manifestant le sacerdoce et le vœu de chasteté qui lui était attaché. On ignore par quels glissements successifs le froc, débarrassé de toute connotation monacale, est devenu synonyme du seul pantalon).

À force de n’y plus croire, d’encore citoyens, de plus en plus nombreux partout en Europe et pas seulement, se laissent séduire et berner par les sirènes de ce qui est improprement qualifié de « populismes » alors qu’il s’agit, pour ne pas tergiverser, de fascismes en germe, plus ou moins avoués, dont la propagande s’est habilement adaptée aux moyens de communication contemporains : que l’on considère ainsi la fabrique et la diffusion de « fake news » par le truchement des réseaux sociaux, qui supplantent parfois les médias traditionnels suspectés (non sans raison) de trahir la confiance qui pouvait leur être accordée. Mais rien ne serait à ce point possible, sans doute, sans l’affaissement préalable et minutieusement programmé de certaines digues démocratiques ; une information libre et indépendante devant constituer l’une de ces digues essentielles. Nous y reviendrons.

Emmanuel Macron lors de son allocution de vœux du 31 décembre 2018.

Un régime intrinsèquement corrompu

Pour l’heure même s’il est difficile de ne pas perdre la ligne que nous nous sommes proposé de suivre, tant s’entremêlent des fils composites ; revenons au postulat de départ. En quoi et pourquoi Emmanuel Macron serait-il « pute de la pire espèce » ? « Pute », cela va sans dire, dès lors qu’il accepte sans ciller le caractère devenu prostitutionnel de l’exercice politique (nous verrons plus loin ce qui fonde à écrire cela). Mais « de la pire espèce » ? Nous soutiendrons, preuves à l’appui, que le régime instauré par Emmanuel Macron est d’emblée corrompu, miné de l’Intérieur par un pacte inavouable ; et que l’homme Emmanuel Macron, celui-là même qui tente aujourd’hui d’incarner la fonction présidentielle, loin d’être la victime plus ou moins obligée de ce pacte, en est à la fois le pantin consentant (mais alors, dans les coulisses du castelet, il faut bien que quelques-uns en soient les manipulateurs) et le principal instigateur – scénariste et metteur en scène.

De là, nous verrons comment un régime intrinsèquement corrompu a conduit de façon fulgurante et tout autant sidérante un jeune homme jamais élu nulle part, qui n’a donc jamais eu à se confronter au suffrage universel, à accéder à la fonction présidentielle. Et comment ce processus, dont il importe de saisir la mécanique, en vient à produire ce que nous qualifierons de « république avariée ». 

Pour autant il ne s’agira pas de charger le seul Emmanuel Macron de tous les maux possibles et imaginables. En sa jeunesse, l’ambitieux était paraît-il « attiré par la lumière comme un papillon » (2). Ne cédons pas au même défaut d’aveuglement. Si ne saurait être écarté le rejet que peut aujourd’hui inspirer sa personne, tout autant que son épouse ; pendant d’une certaine fascination qui n’aura cessé d’être mise en œuvre (et en scène) tout au long de sa campagne électorale -et sur laquelle il tente aujourd’hui encore de jouer, comme on l’a pu voir lors du grand débat national-, force est de constater que « Emmanuel Macron » n’arrive pas tout à fait par hasard dans la sphère politique et que sa prodigieuse accession à la présidence de la République résulte grandement de délitements successifs, depuis quelques décennies, qui ont préparé et permis son avènement.

Tout autant qu’une personne privée devenu personnage public c’est donc un système qu’il appartient de scruter et d’analyser. La tâche n’est pas mince.

Au fil des enquêtes

Crépuscule, l’ouvrage tout récemment paru de Juan Branco (Au Diable Vauvert / Massot éditions, 312 pages, 19 €), aura servi de déclic pour que soit ici initiée cette entreprise de déconstruction politique, sémantique, culturelle, d’une république avariée ; en espérant que le constat puisse ultérieurement servir de levier à l’émergence d’une nouvelle constitution (du) politique qui viendrait refonder un espace démocratique susceptible d’à nouveau mobiliser désirs et engagements.

Le livre de Juan Branco est une telle source d’informations qu’il ne saurait laisser indemne quiconque chercherait à comprendre la « crise » que nous vivons actuellement. Le succès que rencontre en librairies Crépuscule est signe, parmi d’autres, que ce livre arrive à point nommé. Concomitant à l’insistance du mouvement des Gilets jaunes, il permet de saisir et précisément nommer quelques-unes des raisons qui sous-tendent une exaspération populaire qui, loin d’être strictement fiscale, comme l’a prétendu le premier ministre, est fondamentalement sociale et politique.

Denis Robert et Catherine Le Gall, auteurs des Prédateurs.

Soyons juste : l’ouvrage de grand Juan Branco arrive après d’autres, qui n’ont certes pas rencontré le même engouement. Certains sont d’ailleurs expressément cités par Branco :

  • Jean-Michel Décugis, Pauline Guéna et Marc Leplongeon, Mimi (Grasset, 2018). Juan Branco mentionne à plusieurs reprises cet ouvrage, fruit d’un travail d’enquête sur Michèle Marchand, très influente femme de l’ombre, « reine de la presse people », au passé sulfureux, amie de Xavier Niel, qui a orchestré toute la communication de Brigitte et Emmanuel Macron ; tout comme Bernard Arnault lui aurait confié mission de « contrôler » son image dans les médias.
  • Christian Eckert, Un ministre ne devrait pas dire ça (Robert Laffont, 2018). Secrétaire d’État chargé du budget de 2014 à 2017, Christian Eckert dresse dans cet ouvrage l’inventaire des capitulations de M. François Hollande face aux puissances d’argent. Il raconte notamment comment Emmanuel Macron, son voisin à Bercy, « a abusé de son passage au ministère de l’Economie pour bâtir sa campagne des présidentielles », comme l’écrit Branco. Christian Eckert dit encore « avoir assisté à la naissance du premier président dont le cœur est un algorithme ».
  • Denis Robert et Catherine Le Gall, Les Prédateurs : des milliardaires contre les États (Le Cherche-Midi, 2018). Les deux auteurs « tirent le fil » de l’affaire Quick, une chaîne de fast-food belge mystérieusement rachetée en 2006 par la France, via la Caisse des dépôts et consignations. De là, les deux journalistes mettent en exergue les relations troubles que peuvent entretenir milliardaires et politiques.
  • Marc Endeweld, L’Ambigu monsieur Macron (Flammarion, 2015). Journaliste à Marianne et collaborateur de la revue Charles, Marc Endeweld livre une enquête sur l’ancien banquier de Rothschild s’appuyant sur une centaine d’entretiens.

D’autres ouvrages auraient également pu être cités par Juan Branco : 

  • Laurent Mauduit, La caste. Enquête sur cette haute fonction publique qui a pris le pouvoir (La Découverte, 2018). Pour Laurent Mauduit, cofondateur de Mediapart, l’accession au pouvoir d’Emmanuel Macron n’est pas seulement la conséquence d’un séisme historique, qui a vu l’implosion du Parti socialiste et du parti Les Républicains. C’est aussi l’aboutissement de l’histoire longue de la haute fonction publique, qui a cessé de défendre l’intérêt général pour se battre en faveur de ses seuls intérêts. Pour comprendre cette sécession des élites publiques et décrypter les débuts du nouveau quinquennat, il faut savoir comment la caste a d’abord réalisé, grâce aux privatisations, un hold-up à son profit sur une bonne partie du CAC 40 ; puis comment, par le jeu des pantouflages ou de rétropantouflages, elle est parvenue à privatiser quelques-uns des postes clés de la République jusqu’à porter l’un des siens au sommet de l’Etat.
  • Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, Le Président des ultra-riches. Chronique du mépris de classe dans la politique d’Emmanuel Macron (La Découverte, 2019). Après avoir publié Le Président des riches, portrait de Nicolas Sarkozy, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, sociologues spécialistes de la grande bourgeoisie, qualifient Emmanuel Macron de « président des ultra-riches ». « Macron est monté d’un cran dans la violence de classe », estiment-ils.
  • Marc Endeweld, Le Grand manipulateur. Les réseaux secrets de Macron (Stock, 2019). Déjà auteur de L’Ambigu monsieur Macron, Marc Endeweld dresse dans cet ouvrage tout récemment paru une typologie édifiante des réseaux qui ont porté l’ancien ministre de l’Economie au pouvoir. Y est notamment révélée la grande complicité qui lie, depuis fin 2013, Emmanuel Macron et… Franck Louvrier, qui fut le principal « communicant » de Nicolas Sarkozy.
  • – Patrick Rambaud, Emmanuel Le Magnifique : chronique d’un règne» (Grasset, 2019).Après avoir tenu la chronique du règne de Nicolas 1er, puis celle de François le Petit, Patrick Rambaud tient la chronique de la première année du règne de Macron, alias “Emmanuel le Magnifique”.Patrick Rambaud raconte le lancement de la campagne En marche, la chute de M. Fillon, duc de Sablé, la victoire d’Emmanuel, son arrivée au château de l’Elysée, en l’an de grâce 2017, au bras de Brigitte, “baronne d’Auzière”, la nomination à Matignon d’Edouard Philippe, “M. Philippe, duc du Havre” désormais premier valet de chambre, ses relations musclées avec Buffalo Trump et avec “le tsar Vlad-le-Terrible“…

N’en jetez plus, la cour est pleine !, pourrait-on dire. Pas tout à fait. Le début d’enquête qui suit s’appuie sur ces mêmes sources, ainsi qu’un examen forcément fragmentaire des Macron Leaks : 15 gigaoctets de courriels et autres documents privés, issus du piratage des boîtes mails de plusieurs responsables de la campagne d’En Marche, qui révélent notamment comment le mouvement En Marche s’était financé grâce aux dons des réseaux bancaires ou des patrons de start-up. Juan Branco a déjà révélé, à partir de ces même Macron Leaks, ce dont les Gilets jaunes ont eu l’intuition, à savoir que dès le début (2014), la « taxe carbone » était une entourloupe « conçue pour compenser l’allégement des cotisations patronales. »

Nous ajouterons encore d’autres sources : nombreux articles lus ou parcourus, photographies et vidéos, réseaux sociaux : ainsi, reprendre le fil chronologique de la page Facebook La Droite avec Macron, créée par Renaud Dutreil (ex-ministre du commerce et de l’artisanat sous Jacques Chirac, première personnalité politique de droite à avoir rallié la candidature de Macron, qui a eu un rôle majeur dans la collecte de fonds venus de l’étranger -La City à Londres, New York, Bruxelles- pour abonder la campagne électorale), est-il riche d’enseignements pour saisir a posteriori quelle a été la mécanique savamment rôdée de la campagne de Macron.

Enfin, nous avons attentivement scruté les interventions télévisées d’Emmanuel Macron, les discours qui y sont tenus, les lapsus qui peuvent y affleurer, mais aussi le cadrage, les choix de mise en scène, et… les expressions d’Emmanuel Macron (visage, mains…) qui en disent parfois beaucoup.

Et c’est de là que nous partirons, comparant les vœux à la nation du 31 décembre 2018 (alors que le mouvement des Gilets jaunes a déjà commencé et que l’affaire Benalla en est à son énième rebondissement) et la plus récente adresse à la nation consécutive à l’incendie de Notre-Dame de Paris, ainsi que la toute dernière conférence de presse donnée par Emmanuel Macron le 25 avril dernier à l’Elysée.

Les impostures de Jupiter

« Pour connaître un homme, observe-le de dos pendant qu’il est en train de pisser », notait le Japonais Tatsumi Hijikara, fondateur de la danse butô. Avec Emmanuel Macron, nul besoin de telles extrémités. Face caméra, cela suffit amplement.

Prochaine épisode à suivre…

  1. – Plus trivialement encore, on dira de tel ou tel, y compris Président de la République en exercice, que c’est « un enculé ». Cette expression populaire peut certes offusquer, dès lors que l’insulte contient, en soi, une part d’homophobie latente, évidemment condamnable. Loin de minorer cet aspect, remarquons simplement, sans que cela ne désigne sa supposée sexualité, que dans les manifestations qui ont émaillé ces derniers mois, comme dans de simples discussions de comptoir, il est fréquemment arrivé d’entendre traiter Emmanuel Macron « d’enculé ». Il ne semble pas, pour autant que la mémoire soit fidèle, qu’un tel épithète soit venu aussi rageusement s’accoler au nom de ses prédécesseurs à l’Elysée, tout au long de la Vème République. 
  2. – Anne Fulda, Emmanuel Macron, Un jeune homme si parfait (Plon, 2017).


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